Barcelone, la chaleur accablante d'un été "particulièrement mauvais". Lassé de passer ses journées le ventre vide dans un salon de coiffure tout aussi vide– que voulez-vous, c'est la crise en Espagne! – le narrateur de ce roman éminemment picaresque se lance dans une traque aussi rocambolesque qu'intrigante. Pour réconforter une adolescente futée répondant au doux nom de Bout-de-Fromage, notre enquêteur anonyme, par ailleurs doté d'un passé fort louche, part sur les traces du Beau Rómulo, un voyou ressemblant à s'y méprendre à Tony Curtis qu'il avait rencontré autrefois lors d'un séjour en hôpital psychiatrique. Cet homme aussi séduisant que trouble semblait récemment sur un gros coup. Or voilà qu'il a disparu et que sa femme, elle aussi superbe, fricote avec un swami au pedigree pas vraiment net.
Dans "La grande embrouille", pas question, vous l'aurez compris, de vérité, voire de vraisemblance. Laissant libre court à son imagination, à son goût de la satire et de l'absurde, l'écrivain espagnol Eduardo Mendoza emmène son lecteur ravi dans une traque qui croise la route d'un terroriste et surtout jette sur la métropole catalane un regard frais et plein de tendresse. Radicalement dépaysant, ce cocktail coloré et tonique est à déguster sans modération pour dissiper la morosité d'un hiver qui s'éternise.
"La grande embrouille". D'Eduardo Mendoza. Traduit de l'espagnol par François Maspero. Seuil, 248 p.