Incarner la folie à la scène est terriblement difficile. Beaucoup d'acteurs s'y cassent les dents faute de mesurer toute l'ampleur de la tâche. Dans ce très beau spectacle conçu et mis en scène par Denis Génoun, Stanislas Roquette trouve avec sobriété l'énergie et le ton justes. Pas de mimétisme sommaire, pas de débauche de gestes grandiloquents ou de cris déchirants.
Alternativement, l'acteur incarne Jean-Louis Barrault, puis Antonin Artaud, et ainsi rejoue la douloureuse amitié qui tout à la fois les lie et les sépare. Les souvenirs de l'un et les lettres de l'autre constituent la matière première de cette pièce sur le théâtre, son dépassement, ses vertiges. Artaud-Barrault dit le génie, sa brûlure, l'effroi de se perdre et de devenir autre. Elle accompagne la descente en enfer inexorable et fatale d'Artaud interné à Rodez, un drame dont Jean-Louis Barrault, peu à peu, devient le spectateur impuissant et muet.
Genève. La Comédie, studio André Steiger. Jusqu'au 24 novembre. www.comedie.ch