La chute de M. Fernand de Louis Sanders n’est qu’une fiction. Mais qui se nourrit largement du réel. Ce Fernand Legras au large chapeau noir et au manteau en peau de gorille s’inspire généreusement du célèbre faussaire Fernand Legros qui défraya la chronique judiciaire dans les années 60 et 70. Comme lui, le personnage du roman a grandi en Egypte. Comme lui, il commence par être danseur avant de s’acoquiner avec un habile complice qui lui peint par dizaines des « chefs-d’œuvre » que notre homme, devenu marchand, vend ensuite à de riches collectionneurs américains. Le succès toutefois ne dure guère, l’arnaque finit pas être découverte.
C’est à ce moment-là que commence le polar. Un tableau de mœurs acidulé qui décrit la décadence à la fois flamboyante et pathétique de Legras et de ses proches, tout en nous baladant entre Pigalle, l’appartement bourgeois d’un avocat véreux et une boîte louche des Champs-Elysées.
Il faut être vraiment tordu pour vendre un vrai Dufy comme étant un faux. C’était pourtant bien ce que se propose de faire Fernand Legras afin de répondre à la commande pressante d’un mafieux corse. Et cela, visiblement, ne lui réussit pas. Peu après, on le retrouve mort dans la poubelle d’une arrière-cour parisienne, assassiné de dix-sept coups de pic à glace. Qui pouvait lui en vouloir à ce point? C’est ce que va tenter d’éclaircir le commissaire Cabrillac, un flic au passé lui aussi chargé.
« La chute de M. Fernand ». De Louis Sanders. Seuil, 229 p.