La solidité du verre, la fragilité de la pierre, la brillance sans artifice du métal brut. Magnifique! Debout, pieds nus, les yeux plongés dans l'au-delà des mots, le comédien Jean-Quentin Châtelain incarne jusqu'au bout des doigts Bourlinguer de Blaise Cendrars. Presque pas de gestes, des silences tendus, la capacité à faire être et vivre sans rien jouer: un somptueux voyage immobile dans les souvenirs et les paysages italiens.
Publié en 1948 – Cendrars a alors 61 ans – Bourlinguer se compose de onze chapitres aux noms de ports. Le metteur en scène Darius Peyamiras et Jean-Quentin Châtelain ont choisi Gênes, mais le passage retenu se passe à Naples. Cendrars y raconte comment, à 20 ans, mal en point, fatigué, perdu, il est revenu sur les hauteurs du Voméro, les lieux de son enfance et de l'époque où il se livrait au dressage des escargots avec la petite Elena, sa complice d'aventures et de jeux, morte, tuée par un chasseur. Le récit est flamboyant, baroque, capricieux comme un chemin de montagne. Un épanchement volubile et parfois douloureux que Jean-Quentin Châtelain porte avec force et finesse, sans pathos ni mièvrerie. Du tout grand art!
"Bourlinguer" de Blaise Cendrars. Mise en scène: Darius Peyamiras. Jeu: Jean-Quentin Châtelain.
Genève. Théâtre Le Poche. Jusqu'au 2 mars.
Lausanne. Théâtre Vidy-Lausanne. Du 5 au 23 mars.