Après avoir revisité les grandes affaires criminelles américaines, les Editions 10/18 explorent le true crime à la française. Les principes de la collection restent les mêmes: un livre par région basé sur un fait réel, un regard documentaire avec une touche littéraire, la collaboration avec un organe de presse. Le partenariat, cette fois-ci, s’est fait avec Libération, dont des journalistes prêtent leur plume et leur talent d’enquêteur à la rédaction des ouvrages.
La seconde fournée de cette série française – les livres sont publiés par deux – vient de sortir. Dans « Le Berceau vide », Sylvain Chazot interroge avec doigté le mystère qui entoura l’assassinat d’une femme et de deux enfants dans l’Aveyron, en février 2000. Plus politique, et peut-être plus surprenant, « Le Gang de Roubaix » nous emmène dans le Nord. Subtil et passionnant, ce récit-analyse signé Stéphanie Maurice tente de mieux cerner la raison et le but d’une série de braquages spectaculairement violents perpétrés en 1996 au nom d’Allah. Si vous faites partie des sceptiques du true crime ou si devez choisir, c’est pour ce dernier qu’il faut opter.
Petit rappel des faits. Au matin du 29 mars 1996, rue Henri-Carrette à Roubaix, un assaut du Raid – unité d’élite de la police française – tourne au massacre. Cernés dans leur planque, armés de kalachnikovs et de pistolets mitrailleurs, les gangsters préfèrent mourir plutôt que se rendre. D’autres membres de la bande tentent de s’enfuir en voiture vers la Belgique. Le nom du groupe semble tout trouvé. On parle désormais du gang de Roubaix.
Quelles sont les motivations de ces dix hommes qui, depuis plusieurs semaines, multiplient les attaques à l’arme de guerre et faisant un mort? Certains agitent déjà le drapeau du GIA, de l’Algérie et du terrorisme islamiste. Les journalistes locaux et les enquêteurs sont sceptiques. Christophe Caze (le fondateur du gang) et Lionel Dumont (son lieutenant) sont en effets des enfants de la région qui se sont radicalisés sur le front en Bosnie. Caze sera abattu le jour même de l’assaut du Raid, sur l’autoroute près de Courtrai. Dumont s’évanouit dans la nature et n’est arrêté qu’en 2003 à Munich. Il prétend s’être pris pour une sorte de Robin des Bois. Il sera condamné à 25 ans de prison.
Mettant ses pas dans ceux des policiers, Stéphanie Maurice – correspondante de Libération dans les Haut-de-France – retricote toute l’affaire, réalise de passionnants portraits des protagonistes et s’immisce dans les différents procès, dont le dernier s’est tenu trente ans après les faits. De ce dossier-fleuve, elle tire un récit passionnant et précis où l’ombre et la lumière toutefois s’invitent naturellement dans le débat dès qu’il s’agit d’esquisser une possible vérité.
Nord: « Le Gang de Roubaix ». De Stéphanie Maurice. Editions 10/18, 216 p.
A lire également:
Aveyron: « Le Berceau vide ». De Sylvain Chazot. Editions 10/18, 224 p.