Exigeant et généreux, l'écrivain et directeur du Théâtre Am Stram Gram Fabrice Melquiot aime les expériences inédites. Ce n'est pas tous les jours en effet qu'un auteur écrit une pièce pour un acteur spécifique. Pas tous les jours, également, qu'il la met lui-même en scène. "Ce qui m'importe, en créant ce texte, écrit-il, c'est bel et bien la décharge électrico-poétique qu'il s'agit d'administrer aux vivants, pour qu'ils voient demain d'un œil moins cerné."
Le comédien, et directeur du Théâtre du Passage à Neuchâtel, Robert Bouvier se glisse avec finesse dans cette constellation singulière qui fait scintiller les diverses facettes de son talent. Long monologue habité, le texte devient sien, tout en restant à l'autre. Dialoguant avec les images vidéo de Janice Siegrist et l'univers sonore de Julien Baillod, bataillant avec quelques objets sur une scène simplement délimitée par une grande toile blanche, il vit jusqu'au bout des mots cette perte et cette quête de soi qu'est Le Poisson combattant.
Au départ, les déchirements sordides et tristement ordinaires d'un amour qui s'achève. Avec, entre elle et lui, un enfant témoin muet de ces colères différées. Difficile d'échapper à certains éclats un peu trop attendus. On craint que la pièce s'en tienne là. C''est sans compter avec la force, le pouvoir ravageur et poétique du poisson combattant.
La nuit précédant le départ du narrateur, le poisson saute de son bocal et se retrouve par terre, mort, sec. L'homme ne supporte pas l'idée que sa fille le découvre ainsi. Il l'emporte avec lui dans une boîte à bonbons. Tout en dérivant sur lui-même, il lui reste donc un but: trouver un lieu où l'enterrer. Et ce n'est apparemment pas facile. Comme toujours chez Fabrice Melquiot, les images et les mots servent d'éclaireurs au sens. Le récit s'envole et tournoie. Jusqu'au dénouement final. Que bien sûr nous ne vous raconterons pas.
"Le Poisson combattant". Texte et mise en scène Fabrice Melquiot. Avec Robert Bouvier.
Neuchâtel. Théâtre du Passage. Jusqu'au 15 février. Samedi supplémentaire à 14 heures.