Drôle, mais jamais facile ou racoleur, intelligent, documenté et fort bien écrit, ce court roman d’Hélène Couturier – 224 pages – se déguste comme une viennoiserie fine. Il y est beaucoup question de peinture, en particulier cubaine, de l’incroyable beauté de certains hommes, du désir et de la jalousie, d’un certain mal-être également. Polar oblige, « Un Homme raisonnable » compte aussi un meurtre, qui tombe particulièrement mal. Il s’accompagne d’une enquête policière rondement menée, couronnée par une superbe pirouette du destin. Enfin, au cœur de cette intrigue ballottée par des vents contraires, se débat un homme plutôt raisonnable – si l’on en croit le titre et sa femme – mais qui, de fait, ne l’est pas véritablement.
Cet homme s’appelle Orso Orsini, un Corse pur sucre établi à Paris. Son fils adoré l’a « abandonné » pour s’engager dans l’humanitaire en Somalie. Profondément déprimé et angoissé, sortant en retard de chez sa dentiste trop bavarde, il croise par hasard dans la rue un « inconnu magnifique ». « C’était un homme qu’on ne pouvait pas ne pas remarquer, sauf à être rivé à l’intérieur de soi! Grand, mais pas immense, athlétique, mais pas surdimensionné. Un pas chaloupé, des pommettes hautes, nettes, comme taillées, une bouche immense, des yeux étirés. » Bref, une merveille!
Orso ne peut s’empêcher de se retourner pour l’admirer. Il constate alors que cet homme beau comme un Dieu se rend précisément dans l’immeuble qui abrite l’atelier de sa femme Montse, spécialisée dans la copie d’œuvres d’art. Intrigué, il le suit, découvre que l’un et l’autre non seulement se connaissent mais qu’ils partagent à l’évidence une certaine complicité. Orso en déduit qu’ils sont amants. Comme hypnotisé, il se met à suivre « le trophée », ainsi le surnomme-t-il, dans Paris.
Peu après, l’homme en question, un marchand d’art cubain, est assassiné. Une nouvelle énigme qui s’ajoute aux nombreuses incertitudes parsemant astucieusement, et malicieusement, ce polar. Car Hélène Couturier – première femme française à avoir été publiée dans la collection Rivages/noir en 1996 – privilégie la suggestion et le non-dit. Avec une grande élégance, elle parvient à installer l’intrigue sans dévoiler toutes ses cartes. Au lecteur d’enquêter et de picorer çà et là des indices pour compléter le récit.
« Un Homme raisonnable ». D’Hélène Couturier. Rivages/noir, 224 p.
Une réponse
Merci Mireille pour cette découverte, pile poil pour ma sélection des polars de l’art ! Je me réjouis de le dévorer…