Polars, Polis et Cie | Le blog de Mireille Descombes

Une intrigue pleine de rebondissements. Un sujet artistiquement maîtrisé. Un point de vue original. Une écriture dynamique et plaisante qui contourne habilement les clichés. Pas de doute, « L’affaire Sylla » de Solange Siyandje est un premier roman parfaitement réussi. D’une lecture fort agréable, il enrichit en outre avec précision, de l’intérieur mais sans didactisme excessif, notre perception du fonctionnement de la justice. De la justice française, en l’occurrence.

Comme l’auteure, l ’« héroïne » du roman, Béatrice Cooper, est avocate au barreau de Paris. D’origine africaine, elle est mariée à Patrick, PDG du géant pharmaceutique Merculix. Le lecteur fait la connaissance de ce couple très amoureux au cours d’une fête de famille organisée pour les 60 ans de la mère de Béatrice, Agathe. Alors que les festivités battent leur plein, la fringante sexagénaire reçoit un appel désespéré d’une amie. L’homme qui l’a guéri d’une grave maladie il y a quelques années se trouve actuellement en garde à vue. Solidarité de clan oblige, notre brillante avocate vole à son secours.

Cinq patients empoisonnés

Le prévenu, Moussa Sylla, marabout et guérisseur polygame à la réputation élogieuse, est accusé d’avoir empoisonné cinq de ses patients, tous en rémission d’un cancer. Les victimes avaient « absorbé une dose anormale de vitamine D, de lithium et de potassium : un cocktail mortel ». Pour le brigadier en charge de l’affaire, Moussa Sylla fait un criminel idéal. Béatrice – qui doute fortement de sa culpabilité – ne peut empêcher sa mise en examen. Neuf mois plus tard, elle découvre que son mari – ou du moins l’entreprise de ce dernier qui se trouve actuellement en pleine tourmente – était en relation avec Sylla. Le lendemain, le marabout est hospitalisé dans le coma, victime d’un mystérieux accident survenu en prison.

Les doutes s’amoncellent. Les certitudes s’effondrent. Béatrice reprend officieusement l’enquête à son compte. Le lecteur qui connaît le dessous des cartes craint pour sa vie. Après bien des péripéties, notre brillante avocate, piégée pas de puissants ennemis, se retrouve à son tour en prison. L’occasion de nous faire partager, en direct, le quotidien sordide d’une maison d’arrêt de la banlieue parisienne.

Sylla Moussa, de son côté, s’en sortira. Ce solide et sage septuagénaire sénégalais se révèle un magnifique personnage qui refuse de penser en termes de bien et de mal, de nature humaine bonne ou mauvaise. Tout en citant Spinoza, il insiste : « Mais l’homme, et c’est ce qui le rend si passionnant, est à l’image de la vie : inextricable. »

 

« L’affaire Sylla ». De Solange Siyandje. Gallimard, Série noire, 248 p.

Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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A propos de ce blog

Scènes et mises en scène: le roman policier, l’architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d’art, d’architecture et de théâtre.

Photo: Lara Schütz

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