Après la rue de l’Espérance et le passage de l’Avenir, c’est la place de la Victoire qu’Alexandre Courban inscrit au cœur de sa topographie romanesque. Troisième volet d’une série policière consacrée au milieu des années 30 en France, ce polar explore les quelques semaines qui suivent la victoire du Front populaire en mai 1936. On y retrouve avec plaisir Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité – un quotidien auquel l’auteur a consacré sa thèse. Fin limier et fervent militant, cet homme un brin dandy file désormais le parfait amour avec Camille, une ex-ouvrière devenue photographe, une autre figure récurrente de la série.

Mais cette fois-ci – et plus peut-être que dans les livres précédents – l’enquête repose essentiellement sur les épaules du commissaire Bornec. Un personnage lui aussi riche et nuancé, un homme intègre, jardinier du dimanche passionné et veuf inconsolable depuis la mort de sa jeune femme, emportée par la grippe espagnole peu après leur mariage. L’affaire au cœur de Place de la Victoire, 1936, semble au premier abord limpide. Le gardien de la Doyenne, la plus ancienne usine automobile parisienne, est retrouvé mort dans l’enceinte de l’entreprise.  Il semble avoir glissé du toit d’où il aimait admirer le panorama. Accident, meurtre ? Toutes les hypothèses sont possibles d’autant que notre policier se méfie plus que tout du verbe « croire ». Son enquête sera rendue plus délicate encore par le fait que l’usine est occupée par les travailleurs en grève. Impossible d’y pénétrer sans montrer patte blanche.

Ambitieux, le projet global d’Alexandre Courban ne manque pas d’intérêt. L’intrigue de ce troisième volet se révèle toutefois un peu mince et son style sans surprise, comme si l’auteur avait épuisé son propos. Mais on lui ne lui en veut pas. Grâce à lui, on se souvient qu’il fut un temps où l’avenir semblait radieux même si, déjà, rampait sournois le spectre odieux du fascisme et de l’antisémitisme, incarné notamment par Charles Maurras et son quotidien L’Action française.

 

« Place de la victoire, 1936 ». D’Alexandre Courban. Agullo, 200 p.

Sur « Rue de l’Espérance, 1935 » d’Alexandre Courban: https://polarspolisetcie.com/le-front-populaire-et-lenigme-du-wagon-rouge/

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Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

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Photo: Lara Schütz

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