Quand on goûte au polar, qu'on découvre ses perles et ses raretés, qu'on se met à fouiller dans ses tiroirs secrets pour les associer à ses autres passions avouées ou secrètes, on ne peut plus s'en passer. Généralement très gros, parfois écrits un peu vite, ces livres, qu'on ne relit jamais ou presque, deviennent le meilleur sésame pour comprendre une culture et un pays, s'initier à ses particularités culinaires, à son histoire, à ses silences honteux et à ses tares secrètes. Que serait la Sicile sans Andrea Camilleri, Cuba sans Leonardo Padura, la Corée du Nord sans James Church?
Mais alors oui, pourquoi conjuguer le polar et la ville? Parce qu'ils sont frères de sang ou de lait, qu'ils se nourrissent des mêmes besoins, des mêmes rêves et angoisses mêlés, parce qu'ils grandissent et s'inventent dans l'ombre des ruelles capricieuses et dans le désert des avenues glacées. Parce que le roman policier n'existe pas sans les hommes et que pour faire une bonne intrigue, il faut en général au moins un village, en tout cas une maison. Aussi parce que l'architecture est, justement, l'une de mes passions et que le roman policier s'avère souvent la meilleure façon de l'aborder, du dedans. Relisez les merveilleux polars de Qiu Xiaolong et leurs admirables pages sur Shanghai en pleine mutation!