Si vous aimez les images, si vous vous plaisez à explorer leur statut, leurs forces et leurs faiblesses, si vous ne craignez ni leur menace, ni leur séduction traitresse, il vous faut voir Go down, Moses de Romeo Castellucci. Créé au Théâtre de Vidy, avant d'amorcer une tournée qui démarre au Théâtre de la Ville à Paris, ce nouveau spectacle du brillant et dérangeant metteur en scène italien casse d'emblée toute identification possible avec un hypothétique récit. Certes, dans les premières scènes "réalistes", on assiste à l'accouchement tragique d'une jeune femme dans les toilettes et à son accueil par une police et des services sociaux soucieux de sauver le nouveau-né disparu – le futur Moïse, on l'a compris. Ce ne sont toutefois que des tableaux animés – Castellucci vient des beaux-arts – qui flottent dans l'entre-deux brumeux de la fiction et auxquels s'ajoutent d'autres tableaux, plus énigmatiques placés sous le patronage d'un Moïse aussi absent qu'infigurable.
Empruntant son titre à Faulkner, qui lui-même l'a tiré d'une chanson d'esclaves noirs, Go down, Moses parle de Dieu, de la vie, de la mort, des passages et des étapes, de l'art peut-être et surtout de la solitude des hommes abandonnés à leur triste condition. Dans un grand déferlement de vibrations et de décibels, on assiste à ce qui pourrait être de l'ordre d'une révélation. Et le tout participe d'un mélange de sophistication et de presque naïveté vraiment troublant. Que penser en effet de la scène finale qui, avec une imagerie de carton-pâte, nous ramène à l'époque des cavernes? Un spectacle qui irrite, séduit, laisse perplexe et songeur. Mais est-ce forcément un mal?
"Go down, Moses". Mise en scène, décors, costumes et lumière Romeo Castellucci.
Lausanne. Théâtre Vidy-Lausanne. Jusqu'au 28 octobre.
Paris. Théâtre de la Ville. Du 4 au 11 novembre. Puis à Anvers, Mulhouse et Strasbourg.