Voilà un vrai polar de vacances, bien écrit, captivant, et qui par-dessus tout permet de ne pas bronzer idiot, car on y apprend plein de choses. Outre une belle et douloureuse histoire d’amour entre deux êtres cabossés par la vie, « Mauvais Cœur » d’Audrey Brière nous propose, le temps d’une enquête policière, un passionnant séjour au cœur du familistère de Guise.

Situé dans l’Aisne, construit dans la seconde moitié du XIXe siècle par l’industriel Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) – l’inventeur des fameux poêles en fonte qui portent son nom – ce bâtiment aux allures de château fut l’une des rares utopies réalisées. Inspiré par les idées de Fourier, composé d’un bâtiment central agrémenté de deux ailes, il offrait aux ouvriers un confort dont à l’époque seuls les bourgeois pouvaient bénéficier. Outre des appartements lumineux desservis par des coursives, ce palais social comportait une nourricerie, un « pouponnat » (crèche), des écoles, un service de santé, une buanderie-piscine et même un théâtre. Godin avait également mis sur pied des magasins coopératifs dont les bénéfices étaient répartis équitablement entre les acheteurs.

Tous ces éléments, et d’autres, se retrouvent dans le deuxième polar de la Française Audrey Brière. Placé sur le signe de la pluie, de la brume et du froid, « Mauvais Cœur » – la suite de « Les Malvenus » – se passe en novembre 1922, une époque où l’aile gauche du familistère, endommagée par les Allemands durant la première Guerre Mondiale, est en plein travaux. Résultat : le palais se retrouve dans l’incapacité d’accueillir tout le monde, ce qui ne manque pas de créer des jalousies. C’est dans ce climat de tension qu’Eleanor Fontaine, la jolie institutrice, est retrouvée morte dans son appartement.

Une dispute qui a mal tourné ? Un meurtre ? Stature de colosse, yeux gris couleur d’orage, l’inspecteur principal Matthias Lavau débarque comme un ouragan sur les lieux du crime. Cet ours bourru doté d’une indéfectible mémoire va même loger sur place le temps de l’enquête. Une enquête qui, hélas, s’éternise car deux autres meurtres rapidement s’ajoutent au premier.

C’est alors qu’Esther Louve, l’ex-assistante et compagne de Lavau qui l’a brusquement quitté pour son plus grand malheur, ressurgit à l’improviste. Aussi étrange que brillante, la jeune femme suggère un lien entre les meurtres du familistère et trois assassinats commis en 2020 à Colombes. La situation se corse, les recherches se compliquent, il est notamment question d’étranges billets maladroitement tracés proclamant « Je vous pardonne » et d’individus qui n’ont pas d’empreintes digitales. Bref, du pain sur la planche et quelques révélations douloureuses pour un duo d’enquêteurs singulier, attachant, et apparemment invincible.

 

« Mauvais Cœur ». D’Audrey Brière. Points, 378 p.

 

Image de Mireille Descombes

Mireille Descombes

Scènes et mises en scène: le roman policier, l'architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d'art, d'architecture et de théâtre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A propos de ce blog

Scènes et mises en scène: le roman policier, l’architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d’art, d’architecture et de théâtre.

Photo: Lara Schütz

ABONNEZ-VOUS À CE BLOG PAR E-MAIL.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Loading
Archives