C'est une pièce aigre-douce sur le refus d'apprendre par fidélité à l'autre. Une de ces histoires qui émeuvent et agacent, qui agacent parce qu'elles émeuvent, jamais très loin de l'ornière des bons sentiments, mais toujours juste à côté de cette dérive des émotions.
Sobre et poétique, le texte est signé par la romancière Jeanne Benameur. Mis en scène par Didier Carrier, incarné par Laurence Vielle et Maria Pérez, accompagnées par la musicienne Béatrice Graf en percussionniste peu orthodoxe, il raconte la vie symbiotique d'une mère "demeurée" (La Varienne) et de sa fille Luce. Une vie hors des mots, de la communication et de la logique ordinaires, une vie néanmoins. Arrive, pour l'enfant, le temps de l'école obligatoire et de la séparation. Qu'elle ne supporte pas. Elle fuit. "Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas". L'institutrice Mademoiselle Solange y perd sa raison d'enseigner. Luce, elle, va finir par apprivoiser les lettres et les mots. Mais en inventant son propre chemin.
On peut avoir certaines réserves sur le jeu, par moment caricatural ou trop appuyé. Se glisser dans la peau d'un enfant n'est, en outre, jamais facile pour un adulte. Qu'importe! Les Demeurées restent un émouvant hommage au pouvoir libérateur du langage et une belle fable sur ce qui, parfois, peut nous empêcher d'apprendre.
"Les Demeurées". De Jeanne Benameur. Mise en scène Didier Carrier. Avec Maria Pérez, Laurence Vielle et Béatrice Graf.
Genève. Le Poche. Jusqu'au 2 novembre.