Etre malade, le vouloir ou le paraître n'est-ce pas souvent la même chose? Le malade imaginaire de Molière tourne autour de cette difficile question. L'écrivain y a répondu à sa manière, tragique et exemplaire. Le 17 février 1673, à 51 ans, il mourait peu après avoir quitté la scène où il tenait le rôle du très souffreteux Argan. Et cela après s'être fait dire par son propre personnage, qui dans la pièce s'en prend à cet impertinent Molière: "Crève, crève; cela t'apprendra une autre fois à te jouer de la Faculté"!
Pour mettre en scène cette comédie si fameuse, que chaque réplique nous semble familière, Jean Liermier a opté pour un curieux mélange de réalisme et d'onirisme. Tandis qu'un Argan aux allures de vieil enfant (Gilles Privat) passe une partie de son temps assis sur les toilettes d'un cabinet qu'il fait sortir du décor en levant sa canne, d'étranges et très goyesques apparitions peuplent ses cauchemars et ses fantasmes.
Dans cette scénographie imaginée par le grand Jean-Marc Stehlé (décédé en août 2013) et Catherine Rankl, les personnages peinent cependant à s'ancrer vraiment. Le jeu est vif, enjoué, léger, mais cette rapidité ne permet pas au texte de déployer toute sa saveur. Et quand les mots deviennent fous, quand ils prolifèrent et se répandent en cascades jubilatoires et jargonnantes, la surenchère caricaturale du jeu et des costumes les éteint plus qu'elle ne les embrase. Pourquoi vouloir ajouter du trop au déjà trop?
Reste, enfin, une question implicite au texte même et à laquelle ni Jean Liermier ni Gilles Privat n'offrent de réponse. Mais pourquoi diable Argan tient-il tant à être malade?
"Le malade imaginaire" de Molière. Mise en scène de Jean Liermier.
Carouge. Théâtre de Carouge. Jusqu'au 9 février.
La Chaux-de-Fonds. Arc en Scènes. Le 13 février.
Fribourg. Théâtre Equilibre. Les 20 et 21 février.
Mézières. Théâtre du Jorat. Du 23 au 25 avril.