La ville (Parme en l’occurrence) et la montagne! L’univers fictionnel de l’écrivain Valerio Varesi, 66 ans, s’articule autour de ces deux lieux antagonistes comme autour de deux repères essentiels et vitaux. Parallèlement, on est tenté de dire qu’il n’existe chez lui que deux saisons : le temps du brouillard – très généreusement réparti sur plusieurs mois et aux contours assez flous – et l’été, en particulier la canicule.
Au départ de « La Peur dans l’âme », c’est justement pour fuir la chaleur d’août que le commissaire Soneri et sa compagne Angela se sont réfugiés à Montepiano, dans les Apennins. Un environnement de prés, de pentes abruptes et de forêts particulièrement cher à notre policier car il lui rappelle son enfance. Bref, pour une fois, notre héros s’offre des vacances rythmées par le seul chant des grillons. Un accompagnement sonore qui, on le découvre au fil d’une magnifique première page, irrite au plus haut point la très citadine Angela.
La quiétude, de toute manière, ne dure pas. Un cri déchire la nuit, « comme une voix inhumaine échappée d’une fissure de l’écorce terrestre ». Le village est en émoi. C’est alors que surgit le bûcheron Tilò et sa mule adorée Teresa. Elle porte sur son dos un homme à moitié évanoui « entourant le cou de la bête avec une vigoureuse gratitude ». On lui a tiré dans la jambe et il semble sérieusement blessé. Que s’est-il réellement passé ? Le lecteur l’ignore et l’ignorera longtemps tandis que, dans la foulée de cette première affaire, les rumeurs bruissent, les vieilles superstitions se réveillent. On parle de pleurs entendus dans la montagne, d’étranges lumières, d’animaux domestiques mystérieusement disparus. La peur s’installe dans les esprits et dans les cœurs, encore renforcée par les hurlements glaçants des loups tout proches.
La fin des vacances !
C’est dans ce substrat délétère que se greffe l’arrivée du Serbe. A peine sorti de prison, ce criminel faussement repenti a braqué un bar et tué un serveur. Il semble s’être ensuite réfugié dans la région de Montepiano. Cinquante carabiniers des corps spéciaux sont envoyés à sa poursuite et s’installent au village. Pour Varesi, c’est la fin des vacances. Discrètement réquisitionné comme « superviseur » des enquêtes en cours, il choisit de se concentrer sur une disparition dont curieusement personne ne semble se soucier réellement, celle d’un jeune homme de vingt-cinq ans en rupture avec sa famille.
Comme toujours, la trame policière, aussi intéressante soit-elle, n’est toutefois chez Varesi que le cadre d’une réflexion plus large sur l’évolution du monde, les rapports entre les êtres, l’irréductible et fluide ambivalence de ce que l’on appelle « la vérité ». A cela s’ajoute cette fois-ci la peur qui rampe, impitoyable, sournoise et mortifère, détruisant les valeurs et les liens. L’auteur n’en oublie pas pour autant de réconforter ses héros avec quelques plats bien goûteux magnifiquement apprêtés à l’auberge du village, tortelli aux châtaignes, gnocchis aux champignons ou joue de porc au vinaigre balsamique. Sans oublier le vin, généreux et revigorant. Mais cela, bien sûr, en fidèles lecteurs de Varesi, vous l’avez sans doute déjà deviné.
« La Peur dans l’âme ». De Valerio Varesi. Traduit de l’italien par Gérard Lecas. Agullo Editions, 422 p.