Il y a du Fantômas chez David S. Khara. Et « Faire hurler la matière » le confirme. Dans le deuxième volet de sa série « Le Laboratoire des ombres », on retrouve, pêle-mêle, un méchant diaboliquement intelligent, des armes hypersophistiquées et d’une puissance inouïe, des protagonistes qui glissent avec élégance de la bonne société et la pègre, enfin la grande ville, Londres en l’occurrence, sacrée héroïne à part entière de l’intrigue.
Toutefois, à la différence de Souvestre et Allain, David S. Khara écrit seul – d’ailleurs fort bien – et sous pseudonyme. Il préfère les services secrets britanniques à la police et, bien qu’étant notre contemporain, il situe ses romans dans l’Angleterre des années 1840. Lui-même astronome et passionné par les sciences, il n’hésite pas à convier dans ses fictions les grandes découvertes et les savants du XIXe siècle, dont le célèbre Michael Faraday ici promu au rang de complice de la charmante et intrépide Elvina Ravenscroft. Une jeune femme de très bonne famille qui, magiquement, devient l’agent Ashton lorsqu’elle s’habille en homme.
En véritable feuilletonniste du roman noir, David S. Khara sait habilement se jouer du suspense. Il ouvre ainsi son récit par un épisode des plus terrifiants. Sous l’effet de forces mystérieuses, un navire français se désintègre littéralement avant de disparaître dans l’Atlantique Nord. Peu après, un deuxième vaisseau, battant le même pavillon, connaît un sort identique en Méditerranée. Une nouvelle arme testée par une puissance ennemie ? Les services secrets anglais tentent d’en savoir plus, et Ashton, tout naturellement, se retrouve envoyé sur le terrain. En compagnie, comme il se doit, de son fidèle conseiller scientifique Michael Faraday.
En avance sur les protagonistes, le lecteur, lui, n’a aucun doute. Derrière cette odieuse machination se cache le terrifiant Artemas Kessarian déjà à l’œuvre dans le roman précédent. Un physicien fou assoiffé de vengeance et qui cette fois-ci va tenter de rayer de la carte le palais de Westminster. Comment ? Pourquoi ? Nous vous le laissons découvrir en vous promettant d’avance combats et empoignades épiques entre les deux parties en présence.
« Le Laboratoire des ombres. Faire hurler la matière, 2 ». De David S. Khara. Editions Maison Pop, 366 p.
Il y a du Fantômas chez David S. Khara. Et « Faire hurler la matière » le confirme. Dans le deuxième volet de sa série « Le Laboratoire des ombres », on retrouve, pêle-mêle, un méchant diaboliquement intelligent, des armes hypersophistiquées et d’une puissance inouïe, des protagonistes qui glissent avec élégance de la bonne société et la pègre, enfin […]
Dans ses polars nerveux et déconcertants, Lilja Sigurdardóttir met en scène une Islande résolument contemporaine. Après avoir scruté les dérives de la finance et les coulisses du pouvoir, cette écrivaine, née en 1972 et qui est aussi choriste dans un groupe de rock, articule sa nouvelle série autour d’une thématique plus intime : la disparition d’un être cher. Au début de « Dur comme la lave », quatrième tome d’une saga pleine de rebondissements, Aurora n’a toujours pas retrouvé le corps de sa sœur IÍsafold, probablement assassinée trois ans plus tôt par un compagnon violent. Gagnant sa vie en travaillant dans le recouvrement de fonds illégalement gagnés, Aurora a quitté provisoirement l’Ecosse où elle vivait pour venir en Islande où s’était installée sa soeur. Mais rien n’avance vraiment.
C’est alors qu’un coup de fil vient tout bouleverser. Au téléphone, une jeune femme lui explique que sa fille de trois ans prétend avoir été Ísafold dans une vie antérieure. L’enfant est même capable de faire le récit de sa propre mort, ajoutant que c’est un ours polaire qui l’a tuée. On imagine le choc d’Aurora, d’autant que sa sœur surnommait ainsi son conjoint.
Comment admettre une telle possibilité ? Quelle diabolique manipulation se cache derrière cette enfant hantée ? Déboussolée, Aurora cherche le soutien de son compagnon Daniel, un policier islandais ouvert et généreux. Bien que toujours à son écoute, ce dernier se retrouve toutefois, lui aussi, au cœur d’une bien curieuse énigme. Lady Gúgúlú, son locataire, voisin, ami, et par ailleurs drag-queen, vient de disparaître en ne laissant derrière lui qu’un petit mot laconique. Peu après, Daniel est violemment agressé chez lui par trois hommes qui sont à la recherche du fuyard. Qui se cachait derrière Lady Gúgúlú et pourquoi tente-t-on de l’éliminer ? Pas de doute, les choses se corsent !
Sans hésiter, Daniel et Aurora vont unir leurs forces et leurs compétences pour retrouver Lady Gúgúlú. Sans renoncer, bien évidemment, à poursuivre leurs efforts pour dissiper le mystère opaque qui entoure toujours la mort d’Ísafold. Et dans une affaire comme dans l’autre, promis, juré, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !
« Dur comme la lave ». De Lilja Sigurdardóttir. Traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün. Métailié Noir, 272 p.
Dans ses polars nerveux et déconcertants, Lilja Sigurdardóttir met en scène une Islande résolument contemporaine. Après avoir scruté les dérives de la finance et les coulisses du pouvoir, cette écrivaine, née en 1972 et qui est aussi choriste dans un groupe de rock, articule sa nouvelle série autour d’une thématique plus intime : la disparition d’un […]
Troisième livre de Yan Lespoux publié par Agullo Editions, « Les Amateurs » est un récit à la fois cruel et délicat qui sape avec malice toutes nos illusions sur la grandeur de l’âme humaine. Il s’agit par ailleurs d’un roman noir tendu de bout en bout par un humour corrosif et fin. Un pari difficile relevé avec élégance et talent par cet écrivain qui, né en 1977, a grandi dans le Médoc et enseigne aujourd’hui l’occitan à l’université Paul Valéry-Montpellier 3.
Sur fond de torpeur hivernale, « Les Amateurs » met en scène des marginaux à la dérive, des petites frappes plus ou moins inoffensives, des chasseurs maladroits et des gendarmes impuissants. Le tout est placé sous le regard ironique et désabusé de la narratrice, la patronne du seul bar ouvert toute l’année dans cette station balnéaire désertée du Médoc. « J’ai vécu presque soixante-dix ans d’étés trop courts et d’hivers trop longs », précise-t-elle, un brin amère. La vaillante tenancière pouvait donc craindre de s’ennuyer ferme une fois encore cette année-là. Heureusement, grâce à sa position privilégiée, elle s’est retrouvée – bien malgré elle, mais pour son plus grand plaisir et non sans cynisme – au cœur d’une rocambolesque affaire de de drogue impliquant des trafiquants d’envergure internationale.
Le responsable de cette effervescence inhabituelle se nomme Cosimo Perri. Issu d’une puissante famille de la ‘Ndrangheta et doté d’une imagination débordante, il a décidé d’investir dans la formation continue des truands, mettant sur pied une sorte de master en narcotrafic récompensé par un diplôme en bonne et due forme. Dans le cas qui nous occupe, il s’agissait de s’entraîner à récupérer des ballots de cocaïne largués au large. Huit des dix sacs avaient été péniblement repêchés quand le bateau des participants s’est brusquement retrouvé en difficulté. En attendant les secours, l’équipage n’eut alors d’autre choix que de tout rejeter à la mer.
Enveloppés de plastique noir, les précieux colis se retrouvent dans les filets d’un pêcheur, ou directement sur la plage. Parmi les habitués du bar, certains les ignorent, d’autres appellent la police, d’autre encore s’empressent de les mettre « à l’abri » en lieu sûr. Un geste inconsidéré qui va leur coûter cher. Il n’est en effet pas donné à tout le monde d’écouler discrètement sur le marché local trois pains de cocaïne. D’autant que Cosimo Perri, frustré et humilié, est bien résolu à récupérer son bien. A n’importe quel prix !
« Les Amateurs ». De Yan Lespoux. Agullo Noir, 226 p.
Troisième livre de Yan Lespoux publié par Agullo Editions, « Les Amateurs » est un récit à la fois cruel et délicat qui sape avec malice toutes nos illusions sur la grandeur de l’âme humaine. Il s’agit par ailleurs d’un roman noir tendu de bout en bout par un humour corrosif et fin. Un pari difficile relevé […]
Si l’on aime la justice et la liberté, il n’est pas aisé de vivre dans la Rome fasciste de 1924. Et plus encore quand on est journaliste. Giorgio Zampalini, dit Greco, le héros de «Les Monstres de Rome » de Maxime Lepelletier, n’est certes pas une star. Chargé des « Chroniques de Rome » du Corriere d’Italia, un véritable fourre-tout, il lui arrive toutefois de dépanner un collègue plus en vue en enquêtant à sa place. Il dispose aussi, pour son malheur, d’une relation haut placée dans le parti de Mussolini, un homme sans scrupule qui fut son capitaine pendant la guerre. Sous la menace de faire du tort à son frère homosexuel, et en échange de quelques billets, ce dernier contraint Greco à découvrir sans délai l’identité d’un monstre qui viole et tue impunément des petites filles et met tout Rome en émoi.
En ce chaud mois de juin, un autre scandale occupe également les esprits : la disparition de Giacomo Matteotti, député socialiste et opposant déclaré au fascisme. Enquêtant officieusement sur les deux affaires, Giorgio Zampalini va se retrouver dans les situations les plus rocambolesques et les plus dangereuses. Il prend tous les risques pour sauver des innocents, s’infiltre dans les hautes sphères du pouvoir et de la société, prend des leçons chez un ancien boxeur devenu prêtre et se retrouve même incarcéré à la prison Regina Coeli. L’occasion pour l’auteur, un libraire passionné d’Histoire et grand admirateur de l’écrivain Philip Kerr, de nous offrir un portrait nuancé, complexe et informé de ce que fut cette époque. Un roman qui mêle habilement la réalité à la fiction, qui a été distingué par le Prix du Masque français de l’année et dont l’auteur, déjà, nous promet la suite.
« Les Monstres de Rome ». De Maxime Lepelletier. Editions du Masque, 474 p. En librairie le 9 septembre.
Si l’on aime la justice et la liberté, il n’est pas aisé de vivre dans la Rome fasciste de 1924. Et plus encore quand on est journaliste. Giorgio Zampalini, dit Greco, le héros de «Les Monstres de Rome » de Maxime Lepelletier, n’est certes pas une star. Chargé des « Chroniques de Rome » du Corriere d’Italia, un […]
Dans le polar, il est toujours passionnant de découvrir après coup la jeunesse et les débuts professionnels du héros d’une série déjà longue. Après James Lee Burke (https://polarspolisetcie.com/dans-lombre-de-bonnie-and-clyde/), c’est au tour de Douglas Preston & Lincoln Child de nous offrir ce plaisir. Dans « Origines », les deux auteurs américains évoquent avec une jubilation et une malice certaines l’arrivée au FBI de leur inspecteur fétiche Aloysius X. L. Pendergast. Précisons qu’il ne s’agit pas cette fois-ci du repêchage tardif d’un ouvrage négligé par l’éditeur francophone. Non, ce thriller, qui est situé pour l’essentiel à La Nouvelle-Orléans, est sorti en 2025 aux Etats-Unis. Il éclaire donc a posteriori vingt-deux romans plébiscités par le grand public et mettant diversement en scène la figure trouble et troublante du très dandy Aloysius Pendergast.
Enquête sous tension où l’humour le dispute à l’effroi, « Origines » démarre paradoxalement presque au ralenti. Les auteurs prennent le temps d’installer l’intrigue et de semer quelques indices. Parallèlement, ils nous plongent dans la déprime sans fond de Dwight D. Chambers, un inspecteur chevronné de l’antenne du FBI à La Nouvelle-Orléans. Depuis que sa femme a été tuée par un chauffard, Chambers a perdu le goût de vivre et de se battre. Son nouveau poulain, Aloysius Pendergast, va toutefois l’obliger à sortir de son marasme. Issu d’une unité secrète de l’armée et bénéficiant de protections en haut lieu, ce trentenaire brillantissime et richissime – il se fait conduire en Rolls -commence en effet par dénoncer la corruption qui sévit à la tête de l’équipe. Solidaire, Chambers le couvre. Tous deux se retrouvent mis à pied.
Et c’est là que les choses se corsent. Soudés par leur disgrâce, Chambers et Pendergast profitent de leur temps libre pour enquêter sur un crime aussi bizarre que brutal commis à Diamondhead, dans l’Etat du Mississipi. Le corps d’un homme entièrement nu a été retrouvé dans un entrepôt, son bras droit sectionné. Très vite, les deux enquêteurs comprennent que ce meurtre a été précédé par d’autres crimes similaires. Mais pourquoi couper un bras, et uniquement le bras droit ? Sillonnant le Bayou Sauvage, notre intrépide duo parvient à retrouver le tueur en série à l’origine de ces massacres. La traque ne fait toutefois que commencer, car le véritable responsable de cet folie assassine et son pervers complice courent toujours.
« Origines ». De Preston & Child. Traduit de l’américain par Sebastian Danchin. Editions de l’Archipel, 444 p.
Dans le polar, il est toujours passionnant de découvrir après coup la jeunesse et les débuts professionnels du héros d’une série déjà longue. Après James Lee Burke (https://polarspolisetcie.com/dans-lombre-de-bonnie-and-clyde/), c’est au tour de Douglas Preston & Lincoln Child de nous offrir ce plaisir. Dans « Origines », les deux auteurs américains évoquent avec une jubilation et une malice […]
Dans le roman noir, la première page est essentielle. On croche, ou on abandonne. Sans état d’âme. Dans le cas d’ « Etranger à la dérive » de l’Américain James Lee Burke – né en 1936 à Houston au Texas – la question ne se pose pas. Captivé, littéralement envouté, le lecteur adhère sans réserve à ce récit teinté d’une nostalgie qui flotte, légère, comme une brume de fin d’été. Comment, du reste, ne pas se laisser happer par un récit qui commence par un étrange et déroutant constat : « Cette année-là, aucune saison ne ressemblait à ce qu’on en attendait ». Il y est ensuite question d’un grand-père qui n’était pas foncièrement méchant mais « semblait avoir une faille dans ses réflexions ». Et cet homme haut en couleur lui-même déclare : « On a l’impression que la lune a été plongée dans une tasse de café ».
Après ces quelques amuse-bouche stylistiques, on assiste, incrédule, à la rencontre du narrateur, Weldon Avery Holland, 16 ans, avec le couple mythique formé par Bonnie Parker et Clyde Barrow. « Son sourire me donna l’impression que quelqu’un ouvrait une boîte à musique », note-t-il à propos de Bonnie, dont il dira plus tard qu’elle fut son premier amour. Le jeune homme finit par tirer sur la voiture des hors-la-loi en fuite, mais le souvenir de cette rencontre revient comme un leitmotiv, voire une scène fondatrice, tout au long du roman.
De grandes épreuves attendent ensuite Weldon Avery Holland. Et tout d’abord la bataille des Ardennes, en 1944, dont il réchappe miraculeusement après avoir sauvé la vie du sergent Hershel Pine, qui deviendra son meilleur ami. Dans sa fuite, le duo découvre une jeune juive espagnole, Rosita Lowenstein, cachée dans un camp d’extermination déserté. Weldon en tombe éperdument amoureux et l’épouse. De retour aux Etats-Unis, les deux hommes se lancent avec succès dans l’industrie pétrolière en plein essor. Ils créent la Dixie Belle Pipeline Company : le début d’une terrifiante descente aux enfers. Les riches et les puissants n’ont en effet aucune envie de leur laisser les coudées franches. Pour l’auteur, c’est également l’occasion de déplorer les irréparables atteintes causées à l’environnement par cette infernale course au progrès.
Bien qu’il fasse plus de 480 pages, « Etranger à la dérive » est sculpté d’un même souffle. Pétri d’humanité et de lyrisme, éclaboussé par l’arbitraire, l’injustice et la violence, ce roman noir convoque le destin comme pour mieux l’exorciser, oscillant élégamment entre la tragédie antique et l’épopée moderne. Pas étonnant donc si le personnage principal se réfère régulièrement à la « Chanson de Roland » et à la geste arthurienne. Et pour ceux que la fin un peu abrupte du livre laisse sur leur faim, précisons qu’« Etranger à la dérive », publié en 2014 aux Etats-Unis, est le premier volume d’une saga consacrée au clan Holland par le très prolifique et talentueux James Lee Burke.
« Etranger à la dérive ». De James Lee Burke. Traduit de l’anglais par Christophe Mercier. Rivages/ Noir, 488 p.
Dans le roman noir, la première page est essentielle. On croche, ou on abandonne. Sans état d’âme. Dans le cas d’ « Etranger à la dérive » de l’Américain James Lee Burke – né en 1936 à Houston au Texas – la question ne se pose pas. Captivé, littéralement envouté, le lecteur adhère sans réserve à ce récit teinté d’une […]
A propos de ce blog
Scènes et mises en scène: le roman policier, l’architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d’art, d’architecture et de théâtre.
Photo: Lara Schütz