Dans le polar, il est toujours passionnant de découvrir après coup la jeunesse et les débuts professionnels du héros d’une série déjà longue. Après James Lee Burke (https://polarspolisetcie.com/dans-lombre-de-bonnie-and-clyde/), c’est au tour de Douglas Preston & Lincoln Child de nous offrir ce plaisir. Dans « Origines », les deux auteurs américains évoquent avec une jubilation et une malice certaines l’arrivée au FBI de leur inspecteur fétiche Aloysius X. L. Pendergast. Précisons qu’il ne s’agit pas cette fois-ci du repêchage tardif d’un ouvrage négligé par l’éditeur francophone. Non, ce thriller, qui est situé pour l’essentiel à La Nouvelle-Orléans, est sorti en 2025 aux Etats-Unis. Il éclaire donc a posteriori vingt-deux romans plébiscités par le grand public et mettant diversement en scène la figure trouble et troublante du très dandy Aloysius Pendergast.
Enquête sous tension où l’humour le dispute à l’effroi, « Origines » démarre paradoxalement presque au ralenti. Les auteurs prennent le temps d’installer l’intrigue et de semer quelques indices. Parallèlement, ils nous plongent dans la déprime sans fond de Dwight D. Chambers, un inspecteur chevronné de l’antenne du FBI à La Nouvelle-Orléans. Depuis que sa femme a été tuée par un chauffard, Chambers a perdu le goût de vivre et de se battre. Son nouveau poulain, Aloysius Pendergast, va toutefois l’obliger à sortir de son marasme. Issu d’une unité secrète de l’armée et bénéficiant de protections en haut lieu, ce trentenaire brillantissime et richissime – il se fait conduire en Rolls -commence en effet par dénoncer la corruption qui sévit à la tête de l’équipe. Solidaire, Chambers le couvre. Tous deux se retrouvent mis à pied.
Et c’est là que les choses se corsent. Soudés par leur disgrâce, Chambers et Pendergast profitent de leur temps libre pour enquêter sur un crime aussi bizarre que brutal commis à Diamondhead, dans l’Etat du Mississipi. Le corps d’un homme entièrement nu a été retrouvé dans un entrepôt, son bras droit sectionné. Très vite, les deux enquêteurs comprennent que ce meurtre a été précédé par d’autres crimes similaires. Mais pourquoi couper un bras, et uniquement le bras droit ? Sillonnant le Bayou Sauvage, notre intrépide duo parvient à retrouver le tueur en série à l’origine de ces massacres. La traque ne fait toutefois que commencer, car le véritable responsable de cet folie assassine et son pervers complice courent toujours.
« Origines ». De Preston & Child. Traduit de l’américain par Sebastian Danchin. Editions de l’Archipel, 444 p.
Dans le polar, il est toujours passionnant de découvrir après coup la jeunesse et les débuts professionnels du héros d’une série déjà longue. Après James Lee Burke (https://polarspolisetcie.com/dans-lombre-de-bonnie-and-clyde/), c’est au tour de Douglas Preston & Lincoln Child de nous offrir ce plaisir. Dans « Origines », les deux auteurs américains évoquent avec une jubilation et une malice […]
Dans le roman noir, la première page est essentielle. On croche, ou on abandonne. Sans état d’âme. Dans le cas d’ « Etranger à la dérive » de l’Américain James Lee Burke – né en 1936 à Houston au Texas – la question ne se pose pas. Captivé, littéralement envouté, le lecteur adhère sans réserve à ce récit teinté d’une nostalgie qui flotte, légère, comme une brume de fin d’été. Comment, du reste, ne pas se laisser happer par un récit qui commence par un étrange et déroutant constat : « Cette année-là, aucune saison ne ressemblait à ce qu’on en attendait ». Il y est ensuite question d’un grand-père qui n’était pas foncièrement méchant mais « semblait avoir une faille dans ses réflexions ». Et cet homme haut en couleur lui-même déclare : « On a l’impression que la lune a été plongée dans une tasse de café ».
Après ces quelques amuse-bouche stylistiques, on assiste, incrédule, à la rencontre du narrateur, Weldon Avery Holland, 16 ans, avec le couple mythique formé par Bonnie Parker et Clyde Barrow. « Son sourire me donna l’impression que quelqu’un ouvrait une boîte à musique », note-t-il à propos de Bonnie, dont il dira plus tard qu’elle fut son premier amour. Le jeune homme finit par tirer sur la voiture des hors-la-loi en fuite, mais le souvenir de cette rencontre revient comme un leitmotiv, voire une scène fondatrice, tout au long du roman.
De grandes épreuves attendent ensuite Weldon Avery Holland. Et tout d’abord la bataille des Ardennes, en 1944, dont il réchappe miraculeusement après avoir sauvé la vie du sergent Hershel Pine, qui deviendra son meilleur ami. Dans sa fuite, le duo découvre une jeune juive espagnole, Rosita Lowenstein, cachée dans un camp d’extermination déserté. Weldon en tombe éperdument amoureux et l’épouse. De retour aux Etats-Unis, les deux hommes se lancent avec succès dans l’industrie pétrolière en plein essor. Ils créent la Dixie Belle Pipeline Company : le début d’une terrifiante descente aux enfers. Les riches et les puissants n’ont en effet aucune envie de leur laisser les coudées franches. Pour l’auteur, c’est également l’occasion de déplorer les irréparables atteintes causées à l’environnement par cette infernale course au progrès.
Bien qu’il fasse plus de 480 pages, « Etranger à la dérive » est sculpté d’un même souffle. Pétri d’humanité et de lyrisme, éclaboussé par l’arbitraire, l’injustice et la violence, ce roman noir convoque le destin comme pour mieux l’exorciser, oscillant élégamment entre la tragédie antique et l’épopée moderne. Pas étonnant donc si le personnage principal se réfère régulièrement à la « Chanson de Roland » et à la geste arthurienne. Et pour ceux que la fin un peu abrupte du livre laisse sur leur faim, précisons qu’« Etranger à la dérive », publié en 2014 aux Etats-Unis, est le premier volume d’une saga consacrée au clan Holland par le très prolifique et talentueux James Lee Burke.
« Etranger à la dérive ». De James Lee Burke. Traduit de l’anglais par Christophe Mercier. Rivages/ Noir, 488 p.
Dans le roman noir, la première page est essentielle. On croche, ou on abandonne. Sans état d’âme. Dans le cas d’ « Etranger à la dérive » de l’Américain James Lee Burke – né en 1936 à Houston au Texas – la question ne se pose pas. Captivé, littéralement envouté, le lecteur adhère sans réserve à ce récit teinté d’une […]
Les romans d’espionnage occupent une place à part dans l’univers du noir. Renvoyant sans détour à l’état du monde, ils exigent de leurs auteurs une forme d’engagement. D’une manière ou d’une autre, ces derniers se voient ainsi contraints de prendre parti dans les innombrables conflits qui agitent la planète. Si « Les Frontières imbéciles » du Français Philippe Mouche, Européen convaincu mais critique, s’inscrivent dans cette veine, c’est toutefois pour mieux s’en jouer avec un humour corrosif. Autre particularité, et qui a son charme, ce roman est le prologue, écrit a posteriori, de « Bons Baisers d’Europe » publié en 2023 chez Gaïa – comme tous les livres de ce journaliste et infographiste qui a notamment travaillé pour Libération et Le Monde.
« Les Frontières imbéciles » est un conte, une élégante fable qui prend l’Europe à témoin. Rien de tel donc que Strasbourg pour lui servir de décor. Nous sommes au printemps 2017. Julia Chanéac-White, attachée de presse au Parlement européen, vient d’apprendre que son ganglion infecté s’est résorbé, que la radiothérapie a fonctionné, qu’elle est hors de danger. Toute à l’euphorie de sa guérison, prise d’une véritable fringale d’amour physique, elle étreint dans la rue un parfait inconnu après l’avoir bousculé.
« Il s’agit d’un homme de petite taille, tête ronde et peau brune, des cheveux longs et raides, des habits de voyage élimés, un accent indéfinissable. Un réfugié, pense-t-elle, peut-être un Roumain. » L’individu s’agrippe au cahier qu’elle a fait tomber. Julia s’enfuit ! Elle ignore que cet exilé pas comme les autres va rapidement devenir le pivot de son existence. La jeune femme n’a en outre pas remarqué l’homme au blouson de cuir qui la suit discrètement depuis son geste aussi spontané qu’incongru. Les services secrets sont sur l’affaire, on parle de possible terroriste islamiste, les choses se corsent.
Le lecteur doit toutefois patienter et attendre une nouvelle rencontre entre Julia et l’homme au cahier pour en apprendre davantage. L’inconnu lui dit s’appeler Félix Belgrand, mais il ne s’agit – reconnaîtra-t-il ensuite – que de l’un des nombreux noms qu’il s’est inventé au fil de son périple d’exilé. Julia lui préfère d’ailleurs son patronyme anglais, Fergus Bond. Elle l’adopte. Son interlocuteur lui confie aussi chercher du travail comme traducteur au Parlement. Il prétend, qu’à la suite d’un défi qu’il s’est lancé à lui-même, il maîtrise à l’écrit et à l’oral les 24 langues officielles de l’Union européenne.
Même avec un tel talent – qui va se confirmer, ce n’est pas gagné d’avance. Surtout qu’à l’agent français qui le file s’ajoutent deux Russes mal intentionnés et sans scrupules. Ces derniers croient notre incroyable polyglotte détenteur d’un secret bien caché, porteur d’une menace dissimulée dans une lourde valise noire. Surprise ! Cette malle qui le suit partout ne contient que des cahiers. Un pour chaque pays visité et rédigé dans la langue nationale. Le danger a changé de forme, il ne disparaît pas pour autant. Les mots, c’est bien connu, sont dangereux. Surtout quand ils défient les frontières et parlent de fraternité.
« Les Frontières imbéciles ». De Philippe Mouche. Gaïa, 268 p.
Les romans d’espionnage occupent une place à part dans l’univers du noir. Renvoyant sans détour à l’état du monde, ils exigent de leurs auteurs une forme d’engagement. D’une manière ou d’une autre, ces derniers se voient ainsi contraints de prendre parti dans les innombrables conflits qui agitent la planète. Si « Les Frontières imbéciles » du Français […]
Voilà un vrai polar de vacances, bien écrit, captivant, et qui par-dessus tout permet de ne pas bronzer idiot, car on y apprend plein de choses. Outre une belle et douloureuse histoire d’amour entre deux êtres cabossés par la vie, « Mauvais Cœur » d’Audrey Brière nous propose, le temps d’une enquête policière, un passionnant séjour au cœur du familistère de Guise.
Situé dans l’Aisne, construit dans la seconde moitié du XIXe siècle par l’industriel Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) – l’inventeur des fameux poêles en fonte qui portent son nom – ce bâtiment aux allures de château fut l’une des rares utopies réalisées. Inspiré par les idées de Fourier, composé d’un bâtiment central agrémenté de deux ailes, il offrait aux ouvriers un confort dont à l’époque seuls les bourgeois pouvaient bénéficier. Outre des appartements lumineux desservis par des coursives, ce palais social comportait une nourricerie, un « pouponnat » (crèche), des écoles, un service de santé, une buanderie-piscine et même un théâtre. Godin avait également mis sur pied des magasins coopératifs dont les bénéfices étaient répartis équitablement entre les acheteurs.
Tous ces éléments, et d’autres, se retrouvent dans le deuxième polar de la Française Audrey Brière. Placé sur le signe de la pluie, de la brume et du froid, « Mauvais Cœur » – la suite de « Les Malvenus » – se passe en novembre 1922, une époque où l’aile gauche du familistère, endommagée par les Allemands durant la première Guerre Mondiale, est en plein travaux. Résultat : le palais se retrouve dans l’incapacité d’accueillir tout le monde, ce qui ne manque pas de créer des jalousies. C’est dans ce climat de tension qu’Eleanor Fontaine, la jolie institutrice, est retrouvée morte dans son appartement.
Une dispute qui a mal tourné ? Un meurtre ? Stature de colosse, yeux gris couleur d’orage, l’inspecteur principal Matthias Lavau débarque comme un ouragan sur les lieux du crime. Cet ours bourru doté d’une indéfectible mémoire va même loger sur place le temps de l’enquête. Une enquête qui, hélas, s’éternise car deux autres meurtres rapidement s’ajoutent au premier.
C’est alors qu’Esther Louve, l’ex-assistante et compagne de Lavau qui l’a brusquement quitté pour son plus grand malheur, ressurgit à l’improviste. Aussi étrange que brillante, la jeune femme suggère un lien entre les meurtres du familistère et trois assassinats commis en 2020 à Colombes. La situation se corse, les recherches se compliquent, il est notamment question d’étranges billets maladroitement tracés proclamant « Je vous pardonne » et d’individus qui n’ont pas d’empreintes digitales. Bref, du pain sur la planche et quelques révélations douloureuses pour un duo d’enquêteurs singulier, attachant, et apparemment invincible.
« Mauvais Cœur ». D’Audrey Brière. Points, 378 p.
Voilà un vrai polar de vacances, bien écrit, captivant, et qui par-dessus tout permet de ne pas bronzer idiot, car on y apprend plein de choses. Outre une belle et douloureuse histoire d’amour entre deux êtres cabossés par la vie, « Mauvais Cœur » d’Audrey Brière nous propose, le temps d’une enquête policière, un passionnant séjour au […]
Pas de doute, le chat est l’un des rois du polar. Du classique Edgar Allen Poe au contemporain Piergiogio Pulixi, cette vérité à chaque époque se confirme. Poil noir satiné, miaulement de soprano et regard d’or pur, Samantha, l’héroïne de « Le Chat a tout vu » de l’Américaine Dolores Hitchens (1907-1973) occupe toutefois une place à part parmi ses congénères de fiction. Elle est en effet l’unique héritière d’une fortune non négligeable – et donc au cœur de toutes les convoitises – léguée par une maîtresse un brin misanthrope.
Rassurez-vous ! La chatte orpheline a été recueillie par Rachel et Jennifer Murdock, les belles-sœurs de son ex-propriétaire, des vieilles dames « minuscules, grisonnantes et très âgées » qui vivent à Los Angeles. Elles n’ont de fait « que » 70 ans, mais le roman date de 1939, ce qui en dit long sur l’évolution de la durée de vie des humains ! Toutes deux pareillement vêtues de petites robes en vichy et enveloppées de châles en laine, ces deux sœurs diffèrent radicalement par le tempérament. Contrastant avec la frileuse et casanière Jennifer, Rachel se caractérise par sa vivacité, sa curiosité, son audace … et une véritable passion pour les films policiers. Tout naturellement, c’est donc elle qui va sauter dans un train pour Breakers Beach afin de prêter main forte à leur nièce Lily, la fille adoptive de leur défunt frère Philip, qui semble en butte à de sérieux problèmes, notamment financiers. Et Samantha, bien évidemment, sera du voyage, confortablement installée dans un vieux panier à pique-nique.
Peu après l’arrivée des visiteuses dans une sinistre maison en bord de mer, la chatte échappe de justesse à une tentative d’empoisonnement. La nièce, Lily, est ensuite sauvagement assassinée juste à côté de sa tante profondément endormie après avoir absorbée à son insu une forte dose de morphine. Sauvée de justesse, la pétulante septuagénaire refuse toutefois de plier bagages et se mue en une détective aussi intrépide qu’acharnée. Elle finit même par collaborer étroitement – à vrai dire en lui forçant un peu la main – avec l’imposant et mélancolique inspecteur Stephen Mayhew chargé de l’enquête. Après moult péripéties rocambolesques, ce duo improbable parvient au péril de sa vie à démasquer l’assassin. Un peu vexé de n’y avoir vu que du feu, le lecteur attentif se souvient alors que, dans les premières pages, l’auteure avait glissé toute une série d’indices conduisant au coupable.
Publié pour la première fois en français, accompagné d’une préface de Joyce Carol Oates, « Le Chat a tout vu » se révèle d’une lecture totalement jouissive. Outre par son humour et son sens de la formule, Dolores Hitchens se caractérise en effet par l’originalité de sa stratégie narrative. Situé à une période ultérieure aux événements, le récit intègre ainsi les opinions et les commentaires émis a posteriori par Miss Rachel et Stephen Mayhew. Et que les plus accros se rassurent. Ayant publié sous plusieurs pseudonymes, Dolores Hitchens fut une auteure très prolifique. On notera à ce propos que Jean-Luc Godard s’est librement inspiré d’un de ses nombreux romans, « Pigeon vole », pour son film « Bande à part ». Bref, ce n’est donc qu’un au-revoir. La traduction d’une autre enquête, « L’Angoisse du chat noir », est annoncée pour le printemps 2027.
« Le Chat a tout vu ». De Dolores Hitchens. Traduit de l’anglais par Clément Baude. Préface de Joyce Carol Oates, traduite de l’anglais par Claude Seban. Editions Philippe Rey, 304 p.
Pas de doute, le chat est l’un des rois du polar. Du classique Edgar Allen Poe au contemporain Piergiogio Pulixi, cette vérité à chaque époque se confirme. Poil noir satiné, miaulement de soprano et regard d’or pur, Samantha, l’héroïne de « Le Chat a tout vu » de l’Américaine Dolores Hitchens (1907-1973) occupe toutefois une place à […]
Ecrire un polar à quatre mains n’est pas à la portée de tous. Il faut de la complémentarité, de la complicité et sans doute une certaine dose d’humilité pour dépasser la simple addition des imaginations et des talents. Exception qui confirme la règle, le Norvégien Jørn Lier Horst s’est révélé un maître en la matière. Après avoir signé deux romans avec le journaliste Thomas Enger – leur prochain livre, « La Disgrâce », sortira début septembre – et tout en continuant à publier en solo, cet ancien policier cosigne aujourd’hui « Ce cri que personne n’entend » avec Jan-Erik Fjell présenté comme le « plus jeune lauréat du Prix des libraires de Norvège ». Né en 1982 avec un spida bifida qui le contraint à se déplacer en chaise roulante, Fjell est un écrivain talentueux… et un joueur de poker chevronné. Des compétences dont, à l’évidence, il a su faire profiter ce roman noir à multiples strates, plein de fausses pistes et de revirements diaboliques.
Ni policier, ni journaliste, Markus Heger, 35 ans, le héros de « Ce cri que personne n’entend », bouscule les codes habituels du polar. Fils d’un repris de justice, ancien militaire, il sillonne les routes de la Norvège dans son van, alimentant au jour le jour un podcast très suivi, Krimcasten, qui tente de résoudre de vieilles affaires criminelles. Avec une certaine théâtralité et un art consommé de la mise en scène, il choisit cette fois-ci de se replonger dans la tragédie qui, le 20 octobre 2018, a marqué ses vingt ans : la disparition de Leah, 7 ans, près de Fagernes, alors qu’elle se rendait en coupant par la forêt à l’école primaire de Nord-Aurdal. Un prétendu coupable a été arrêté, mais le corps, et peut-être le véritable assassin, n’ont jamais été retrouvés.
Markus Heger n’imaginait pas mettre le pied dans un tel guêpier. Et moins encore que son propre père lui donnerait un sérieux coup de main du fond de sa prison. Sans entrer dans la trame arachnéenne de l’histoire, on vous garantit donc de belles surprises. Mais tout autant que l’intrigue, c’est la stratégie narrative des auteurs qui fascine. Au cœur d’un récit déjà touffu, ils insèrent des podcasts réalisés en direct par Markus Heger, ce qui leur permet d’ajouter des descriptions de gens, d’atmosphères ou de lieux. Et tout cela avec le plus grand naturel, comme si cette superposition de trames allait de soi et participait d’une seule et même logique. On en ressort bluffés et éblouis !
« Ce cri que personne n’entend ». De Jørn Lier Horst et Jan-Erik Fjell. Traduit du norvégien par Alex Fouillet. Editions La Martinière, 378 p.
Ecrire un polar à quatre mains n’est pas à la portée de tous. Il faut de la complémentarité, de la complicité et sans doute une certaine dose d’humilité pour dépasser la simple addition des imaginations et des talents. Exception qui confirme la règle, le Norvégien Jørn Lier Horst s’est révélé un maître en la matière. […]
A propos de ce blog
Scènes et mises en scène: le roman policier, l’architecture et la ville, le théâtre. Passionnée de roman policier, Mireille Descombes est journaliste culturelle indépendante, critique d’art, d’architecture et de théâtre.
Photo: Lara Schütz